
Eh bien, oui, les dames aussi!
Si la cabrette est souvent jouée par les hommes, ou, du moins, on voit la plupart du temps des photos ou cartes postales de cabretaires hommes...
Et, si la vielle semble être l'instrument traditionnel préféré des femmes, ces dames ne sont pas en reste, et sont nombreuses, elles aussi, à jouer avec bonheur de notre si belle
cabrette.
Elles jouent aussi bien, sinon mieux que nombre de leurs collègues masculins, et elles ont, en plus, cette finesse, cette élégance qui reste l'apanage de leur féminité.
Surtout lorsqu'elles portent le superbe costume traditionnel qui les met -si besoin était- encore en valeur!
Qui a osé affirmer un jour que la femme était l'égale de l'homme? Erreur!
Un petit souvenir de la "felibrée" 2008, en attendant quelques échos de la grande fête traditionnelle de 2009 à Beaumont du Périgord: un beau cabretaire en pleine action!
Un felibre est un poète ou prosateur qui s'exprime en langue
occitane...La "felibrée" est un mot qui n'est pas dans le dictionnaire, mais qui exprime une réunion de ces mainteneurs de la langue occitane...
Cette rencontre culturelle a lieu, chaque année, dans la volonté du maintien et de promotion de notre belle langue; cette fois c'est en Dordogne, à Beaumont du Périgord (24440) qu'aura lieu cette
grande fête de la Tradition.
Non seulement la langue, mais aussi la musique auront leur place dans cette felibrée!
Des groupes folkloriques, nombreux, animeront les rues de cette magnifique bastide (à visiter!) qu'est Beaumont du Périgord.
La ville sera parée de fleurs aux mille couleurs, confectionnées durant tout l'hiver dans des papiers ou des tissus...
Le travail "à l'ancienne' sera aussi à l'honneur.
De toutes façons, violons, accordéons,vielles et cabrettes sonneront sous les voûtes; et les chanteurs occitans s'en donneront "à coeur-joie"!
Cet évènement a lieu les 04 et 05 juillet, de 10h à 18h: à ne rater sous aucun prétexte!!!
Je n'y serai pas cette fois-ci, pour raison familiale, mais il y aura de nombreux amis que je salue chaleureusement.
Je n'ai connu Jacques
SALAT que dans sa maisonnette de Jongues: il y occupait sa retraite en fabriquant de menus objets qu'il vendait aux gens de passage, ou à Thérondels, grosse bourgade proche.
En particulier, il fabriquait des "selles" à traire les vaches, sortes de trépieds en bois. Il tressait, aussi, quantité de paniers et de petites corbeilles, où s'entremêlaient l'osier clair et brun. C'était un artiste...
Jacques SALAT faisait, par dessus tout des anches de cabrette qu'il taillait dans le roseau; mais il conservait prudemment ses secrets de
fabrication, et , avec lui, je n'ai pu apprendre grand-chose que je ne connaisse déjà sur les anches de cabrette!
Lorsque je lui rendais visite, pour lui acheter une dizaine d'anches, on y était pour la journée: je le faisais couper , tailler, retailler, gratter, regratter, essayer et essayer
encore...et quand on atteignait le bon accord, la bonne sonorité, il me disait: "c'est que...elle va bien celle-ci! je vais la garder pour mon pied!"...
Je lui laissais le choix pour la première anche...mais pour les autres, je prenais la main!!
Et on coupait ce travail fastidieux par la pause-déjeuner, invariablement à l'auberge de Thérondel, ce qui nous donnait des forces pour la fin d'après-midi: j'étais content de revoir deux fois
l'an Jacques SALAT, et nos rencontres étaient fort sympathiques...
Sauf une seule fois: j'animais la fête de Thérondels avec ma formation; j'étais allé le chercher pour déjeuner avec l'orchestre, et il était tout heureux de venir; d'autant que je lui avais
demandé d'apporter son instrument pour en "faire une".
Le bal de l'après-midi commence: grosse affluence, des jeunes, des enchaînements, de l'ambiance; bref, Jacques n'a pu se "produire" que vers 17 heures, et il était mécontent, car il se voyait
bien jouant pendant tout le bal!
J'ai été contraint de lui expliquer (plusieurs fois) que j'étais sous contrat d'un Comité des Fêtes, etc, etc, il a fini par comprendre et ne m'en a pas voulu.
Jacques SALAT jouait bien de la cabrette, à "l'ancienne" (main gauche en bas), avec ce son si caractéristique du Haut-Aveyron. Mais, il n'entretenait pas ses instruments et, dans les
concours il n'avait pas de chance car sa cabrette l'abandonnait souvent au moment crucial: alors, il se mettait à pleurer ( il était très sensible) en disant que son pied l'avait "trahi"...Cela
durait quelques minutes, et tout repartait!
J'étais allé le voir alors qu'il était hospitalisé...Il était bouleversé dans ses habitudes et c'est peut-être cela qui lui a fait perdre un peu la tête...Puis il est parti en maison de retraite,
où il est décédé un an après...
Je sais, de source sûre, qu'il avait -au moins- une dizaine de pieds de cabrette...qui ont disparu: on aurait profité de son désarroi mental et moral pour les lui acheter...évidemment pour une
bouchée de pain.
Compliments au malhonnête qui aurait pu faire cela sans aucun remords...
Ah! non! Ils n'étaient pas connus en dehors de leur village,
de leur canton, parfois de leur région...
Lorsque j'ai
commencé à sortir, timidement, ma cabrette et à me déplacer pour rencontrer les "ténors" de mon temps, j'avais une quinzaine d'années...
Cétait la fin de la grande époque des concours de cabrette; enfin presque, puisque j'ai bien connu en tant que candidat , puis comme membre du jury et durant quelques années, le concours de
cabrette du 14 juillet, place du Buis à Aurillac (15).
Ce concours, tombé dans l'oubli, avait été re-créé à l'initiative de M. Jean Fay, Majoral du Felibrige, qui a tellement oeuvré pour la défense de notre langue et de notre musique...
Mais, c'était un des derniers concours importants de la région: autrefois, il y avait de nombreux concours de cabrette un peu partout dans le pays, avec des récompenses sous forme de médailles
ou de prix en espèces sonnantes et trébuchantes...
Et, il y avait des "écumeurs" de concours qui ont remporté quantité de médailles: pour en citer un, il y avait le "père" Delpuech, dit "Gustou", de Leucamp (15); je crois que ses médailles
sont conservées par André Ricros (A.M.T.A.)
Aujourd'hui, je voulais simplement mentionner mon premier concours...le seul où j'ai connu le trac (il faut un début à tout)...c'était en août 1953 et j'avais 15 ans...
En bon auvergnat, j'étais très intéressé, car le premier prix était de 15000 francs (anciens bien sûr) et je comptais bien sur ce pécule pour acheter un pied de cabrette chez Martin
Cayla!...C'est -exactement- ce que cela a coûté, avec deux anches en prime,s'il vous plait!
C'était en 1953, au mois d'août...
Depuis, malgré les efforts de tous, les concours tombent un peu en désuétude: subsistent cependant le Concours de cabrette de Paris...et quelques rares autres; j'ai peur que l'esprit festif
et de retrouvailles d'antan ait disparu: on n'allait pas dans ces réunions pour s'affronter ou gagner, mais pour se revoir, parler et déjeuner ensemble, somme toute passer une bonne journée de
vie et de cabrette.
... J'ai connu d'autres concours: par chance ou par "sublimation" de mes capacités, je les ai tous remportés.
Et, parmi ceux qui sont toujours restés dans "l'esprit", il y avait les concours d'Aurillac: oh! il y avait bien quelques "accrochages": mon copain Louis
Rispal était professionnel avec Paul Barrier... et moi aussi; j'empiétais sur son territoire avec ma grosse formation de danse de dix musiciens, et je raflais les bons contrats dans son
"fief", depuis l'E.N.P. d'Egletons jusqu'à l'E.N. d' Aurillac, sans compter les fêtes de trois jours depuis Nasbinals jusqu'à Maurs, en passant par Vic-sur-Cère, etc...Mais en deux apéritifs,
tout était effacé, et il ne restait que de la pure camaraderie et la joie de jouer en commun puis de se retrouver autour d'un bon repas!
Pour rien au monde, les Rispal,, Vermerie, Defarges, Valette, Salat, Miquel, Milou Fruquières, Rigal, moi-même et bien d'autres n'aurions raté cela!!!
Il y avait aussi, bien sûr, Monsieur Faye à l'apéritif, l'ami Fialon, Trélon, et j'en oublie (des Toulousains ou des Parisiens se souviendront des concours de la place du Buis, même
s'ils étaient alors très jeunes...)
Comptons sur nos jeunes pour organiser beaucoup de rencontres et de concours au pays! dans les villages comme dans les villes: c'est cela le Devoir de mainteneurs que nous devons remplir
!
Par avance, courage, merci et bravo!
Nous avons encore bien joué ensemble et entre amis, il faisait beau, la chère
était bonne et le vin de Cahors tanique à souhait!
...En premières noces, Jean-Marie Valadier avait épousé une
demoiselle Portal: un de ses beaux frères, Benjamin Portal, jouait de la cabrette; toute la lignée des Portal est mentionnée dans l'annuaire des cabretaïres, sur le site de cabrette.com, et le
dernier Portal, dit Olivieirou, semble installé en Auvergne où il tient un commerce d'articles de pêche et chasse...
... Et, vers 1924, Jean-Marie Valadier et son épouse arrivent à Figeac:
l'affaire d'Enghien a été vendue, l'argent est là, et la voiture (une De Dion-Bouton!) qui a transporté les nouveaux retraités est rutilante...