
"Si c'est toujours avec plaisir que l'on voit paraître le CD d'un musicien ou d'un groupe connu et reconnu, c'est un bonheur également de découvrir, au travers un CD de qualité un musicien dont on ignorait jusqu'à l'existence auparavant.
Et pourtant José Roux n'est pas un jeune cabretaïre émergent mais un musicien né en 1938 et ayant longuement roulé sa bosse entre cabrette et orchestres " modernes " de bals populaires, comme nous le décrit le livret autobiographique. S'il n'est pas rare que l'un ou l'autre musicien d'un orchestre de bal populaire auvergnat sorte la cabrette pour une série de bourrées, ce n'est pas toujours avec une technique ou un style très convaincant. Il devait en aller de manière toute autre avec José Roux qui n'a jamais délaissé l'instrument sur lequel il eu le coup de foudre en écoutant Martin Cayla en 1949.
Et le présent CD est là pour nous le prouver, nous faisant entendre un jeu de cabrette très agréable, faisant appel à toute la technique de l'instrument, depuis les fameux vibrés, jusqu'aux rappels à la tonique en passant par toute la panoplie des ornements de l'instrument mais dans un style homogène (1), ne sacrifiant jamais à la technique pour la technique (il use plutôt modérément des rappels à la tonique) et donc quasiment toujours avec un jeu clair ne brouillant pas la mélodie. Si son style n'a pas le côté percutant de certains cabretaïres, sa cadence est néanmoins toujours parfaite et communicative, grelots aux pieds ou non.
Et puis, sur les mélodies plus lentes, il se plait visiblement à faire chanter les notes longues et à jouer des différents vibrés, ce à quoi je ne suis pas insensible.
Le CD s'écoute d'un bout à l'autre sans la moindre lassitude, malgré qu'il s'agisse quasiment d'un solo. J'y ai tout de même découvert que Paul Grollier (ancien de Yole entre autres) tâte également du répertoire auvergnat avec un beau style sur son diato et de belles idées en matières d'arrangements.
Il est juste dommage que Marcel Piaud ne soit plus là pour écouter ce CD dont le titre reprend celui d'une de ses valses, naturellement interprétée ici ainsi qu'une de ses bourrées..."
Bien qu'ayant quitté la ville depuis près de trente ans, le nom de José Roux résonne encore dans bien des oreilles. En ces temps « la petite fille chantait des trucs qui collent encore au cœur et au corps. » Des trucs que José et son orchestre jouaient tous les week-ends dans les « baloches » de la région. Durant une dizaine d'années, ils furent l'un des orchestres majeurs de Midi-Pyrénées. Mais José Roux, ce n'est pas que ça.
Né en 1938, c'est à 11 ans qu'il découvre la cabrette, lors d'une soirée de gala à la foire-exposition de Figeac. Martin Cayla en personne jouait avec son groupe « La bourrée de Paris ». Il tombe aussitôt sous le charme et la suite ne tarde pas. Le « maître » l'adopte et n'a de cesse, durant les dernières semaines de sa vie, que d'initier son jeune élève aux arcanes de l'instrument. Comme il le reconnaît lui-même, José assimilait vite et progressait dans l'art de la cabrette. Un ami de Martin Cayla, Jean-Marie Valadier, autre spécialiste de l'instrument, résidait à Figeac et prend le relais auprès du jeune José, lycéen à Champollion.
À quinze ans il remporte un premier prix de cabrette à Brive, un second à Aurillac l'année suivante, et la médaille d'or à Tarbes. D'autres suivront. Bac en poche, il s'inscrit à la fac de sciences de Toulouse et devient maître auxiliaire au lycée de Figeac. C'est ensuite le service militaire dans l'Aisne, puis retour sur les bords du Célé, où son poste l'attend. Il monte alors son propre orchestre et la réussite dépasse toutes ses espérances ! Durant une dizaine d'années, avec pratiquement un an d'avance de contrats, il va sillonner le grand Sud-Ouest avec ses musiciens, et le succès ne se démentira jamais. Devenu « Orchestre ORTF » son groupe de dix éléments joue une musique résolument moderne en des temps où l'accordéon subit de la part des jeunes un désintérêt. Mais il consacre toujours un quart d'heure par séance à la musique traditionnelle et à la cabrette. Une seconde carrière dans l'industrie pharmaceutique l'oblige à cesser son activité de chef d'orchestre.
« Émigré » en Charente, il n'a jamais arrêté le collectage de musiques populaires régionales. « La musique est un fabuleux moyen de se ressourcer et de retrouver ses racines » se plaît-il à répéter. C'est pour cela qu'il nous offre aujourd'hui un CD d'une trentaine de titres de musique d'Auvergne et du Quercy, intitulé « Cabreta d'amor ».